Un arbre ne tient jamais seul. Il y a la roche sous ses racines, qui libère les minéraux dont il fera son bois. Le réseau de filaments invisibles des champignons, qui le nourrit. La mousse qui retient l’humidité. Le lichen, alliance d’une algue et d’un champignon, sur son écorce. Ce que nous appelons « un arbre » est déjà une multitude.
L’arbre porte en lui une part de roche, que le soleil a transformée en matière vivante.
Après avoir photographié la présence, l’enracinement et l’élévation des arbres, je me suis tourné vers ce qui les rend possibles. Mon regard a changé d’échelle pour descendre à hauteur du sol, s’approcher des roches, être capté par les couleurs et les matières.
Sans dresser d’inventaire naturaliste, l’association photographique reste ma démarche ; et ici, ce que ces organismes font entre eux dans la nature, les images le font entre elles, en se répondant par la couleur, le rythme, la texture et le cadrage.
- Tout commence par les roches, celles qui ont présidé à l’apparition de la vie et qui continuent, plus discrètement, à la nourrir. Leurs plis, leurs contrastes et leurs teintes parfois uniques dans leur environnement. Étonnant de les retrouver là, en surface, elles qui étaient enfouies à grande profondeur…
- La mousse arrive comme un tissu. Elle habille les troncs, les racines, les blocs, et rend soudain uniforme un ensemble qui ne l’était pas. Le vert y devient une matière à part entière.
- Le lichen, ce couple algue-champignon, alliance visible qui s’installe là où rien ne pousse, dessine des taches, des auréoles, des marbrures qui font de chaque support une surface peinte.
- Des champignons, on ne voit que l’affleurement : des formes parfois discrètes, parfois éclatantes, et sans équivalent, dont rien ne laisse deviner le réseau qui les porte.
- L’algue, la plus discrète et pourtant la première dans l’ordre du vivant, étend ses nappes, ses voiles et ses traînées, glisse sur la pierre mouillée et teinte ce qu’elle touche.
Rien ici ne se tient seul. Chacun participe aux conditions d’existence de l’autre, fabrique les conditions du suivant.
Ces compositions rappellent ces entrées en résonance, elles ne valent qu’ensemble – comme le font les organismes dans la nature, pour faire apparaître, autrement, cet indispensable cortège de l’arbre.